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Passages choisis d’une émission(+) de France Musique: « Ce qui m’a passionné toute ma vie, écrivait Barthes, c’est la façon dont les hommes se rendent leur monde intelligible ». En peu de mots, voici énoncé le principe moteur de la sémiologie : projet à la fausse simplicité pour tenter de saisir l’homme dans toute sa complexité. C’est en suivant ce carnet de route que Barthes embrasse le monde, ses contemporains, et tente de les comprendre. Dans les années 1950, le jeune intellectuel (il est né en 1915) est aussi marqué par l’émergence du structuralisme : il passe alors au crible les « objets » de la culture de masse en tentant d’y percer notre manière collective d’être au monde. Parmi ses écrits, on se souvient ainsi du Degré zéro de l’écriture, premier ouvrage paru en 1953, rapidement considéré comme le manifeste d’une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. On se souvient aussi de ses vignettes incisives, et cependant finement ciselées – sur la DS, le catch, le strip-tease et… sur Charles Panzera – réunies en recueil en 1957 par les éditions du Seuil, sous le titre désormais fameux de Mythologies. Dès lors, Barthes ne cesse plus d’observer tous les systèmes de signes contenus dans la langue, le théâtre, le cinéma, la photographie… la musique. Et la force de ses intuitions, celles d’un esprit libre, ne se lasse pas, depuis, de captiver lecteurs et penseurs. La pensée de Barthes demeure une pensée vivante. Et la musique ? Sans doute est-ce dans ce domaine que l’essayiste a le plus dérouté, tant ses condisciples que les musiciens, les musicologues. Les uns et les autres sont désarçonnés par un Barthes moins soucieux de développer une pensée combinant adroitement sens de l’exploration, de l’innovation et analyse raisonnée. Pas de concepts bien carrés chez le Barthes musicien : l’affaire est sensible, parfois incandescente parfois. C’est à fleur de peau qu’il parle de la musique, des musiciens. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il parle un peu de lui-même. Expérience intime donc – chaque jour Barthes se met au clavier et poursuit son dialogue amoureux avec Schumann – qui ne peut guère aboutir, lorsque les mots se versent sur la feuille, à des considérations dépassionnées. C’est sous ce jour singulier que Barthes a pensé « la » musique – ou devrait-on dire « sa » musique. Il faut donc absolument plonger dans ses écrits sur la musique, au risque d’être désarçonné. Ils sont semés ici et là, dans l’Obvie et l’Obtus (1982, un volume digne de toute bibliothèque mélomane) et dans bien d’autres essais dont les Mythologies. Mais pour commencer, chers auditeurs, écoutons Barthes, grâce, en particulier, à la productrice de radio Claude Maupomé qui lui proposait, en 1978, d’imaginer pour France Musique son « concert égoïste ».








